Un salarié ne vient plus, ne répond plus et n’envoie aucun justificatif. Depuis avril 2023, vous pouvez le considérer comme démissionnaire, mais seulement après une mise en demeure en bonne et due forme et un délai d’au moins 15 jours calendaires. Voici la procédure dans l’ordre, un calendrier type et un modèle de lettre.
Ce qu’est un abandon de poste
L’abandon de poste, c’est une absence injustifiée : le salarié quitte volontairement son lieu de travail ou ne s’y présente plus, sans autorisation ni justificatif.
Ce n’est pas un abandon de poste quand le salarié s’absente notamment pour :
- consulter un médecin pour son état de santé ;
- exercer son droit de retrait ;
- faire grève ;
- refuser une instruction contraire à une réglementation ;
- refuser une modification de son contrat de travail que vous lui imposez.
Ces motifs dits légitimes, que le salarié peut invoquer dans sa réponse, font obstacle à la présomption de démission (article R1237-13).
Dès les premiers jours : le contrat est suspendu
Pendant l’absence injustifiée, le contrat est suspendu. Le salarié ne travaille pas et vous ne le payez pas. Aucune rupture n’est automatique, même après plusieurs jours ou semaines.
Vous avez alors trois possibilités :
- Mettre le salarié en demeure et, s’il ne revient pas, appliquer la présomption de démission (la procédure ci-dessous).
- Ne rien faire : le contrat reste suspendu, sans salaire. Vous ne délivrez aucun document de fin de contrat.
- Sanctionner l’absence injustifiée, selon la procédure disciplinaire. Une sanction autre qu’un simple avertissement suppose une convocation à un entretien, puis une sanction motivée notifiée au moins 2 jours ouvrables et au plus 1 mois après l’entretien (article L1332-2).
La procédure de présomption de démission, étape par étape
La présomption de démission ne concerne que les salariés en CDI, hors période d’essai. Elle ne s’applique ni aux CDD, ni aux salariés en période d’essai.
- Constatez l’absence. Notez la date du premier jour d’absence et vérifiez que vous n’avez reçu aucun justificatif (arrêt de travail, message, courrier).
- Envoyez la mise en demeure. Par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge. Un e-mail, un SMS ou un appel ne suffisent pas.
- Écrivez trois choses dans la lettre :
- la demande de justifier l’absence et de reprendre le poste ;
- le délai de reprise, qui ne peut pas être inférieur à 15 jours calendaires (week-ends et jours fériés compris) ;
- les conséquences d’une absence de reprise : le salarié sera présumé avoir démissionné.
- Laissez courir le délai. Il démarre à la date de présentation de la lettre recommandée par la Poste, ou le jour de la remise en main propre.
- Pendant le délai :
- le salarié justifie son absence (par exemple un arrêt de travail) : il n’y a pas de démission ;
- il reprend son poste : le contrat reprend, et vous pouvez sanctionner l’absence injustifiée passée ;
- il ne répond pas et ne revient pas : passez à l’étape suivante.
- À la fin du délai, le salarié est présumé démissionnaire. Préparez les documents de fin de contrat : certificat de travail, attestation France Travail et solde de tout compte, avec l’indemnité compensatrice de congés payés s’il lui reste des jours.
Exemple de calendrier
Kevin, employé polyvalent en CDI dans une supérette, ne vient plus depuis le lundi 26 octobre 2026 et ne répond pas.
| Date | Étape |
|---|---|
| Lundi 26 octobre | Premier jour d’absence, aucune nouvelle |
| Mercredi 28 octobre | Envoi de la mise en demeure en recommandé |
| Lundi 2 novembre | Première présentation de la lettre : le délai démarre |
| Jeudi 19 novembre | Date limite de reprise fixée dans la lettre |
| À l’expiration du délai | Kevin n’est pas revenu et n’a rien justifié : il est présumé démissionnaire |
Entre le 2 et le 19 novembre, il y a 17 jours calendaires : le minimum de 15 jours est respecté, avec une marge. Fixer une date précise dans la lettre évite toute discussion sur le décompte. Pendant toute la période d’absence, Kevin n’est pas payé.
Si le salarié conteste
Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes. L’affaire va directement devant le bureau de jugement, qui se prononce sur la nature de la rupture et doit statuer dans un délai d’1 mois (article L1237-1-1).
Gardez donc les preuves : copie de la lettre, preuve de dépôt et avis de réception, ou exemplaire signé de la remise en main propre, et tout échange avec le salarié. Relisez aussi votre lettre : service-public rappelle qu’elle doit informer le salarié des conséquences d’une absence de reprise. Le Code du travail numérique cite, dans ses références sur ce dispositif, une décision du Conseil d’État du 18 décembre 2024 (n° 473640).
Côté chômage, le salarié présumé démissionnaire n’est en principe pas indemnisé par France Travail, comme après une démission.
Modèle de mise en demeure
Le Code du travail numérique propose un modèle officiel. Voici une version courte à adapter :
[Nom de l’entreprise], [adresse]
[Nom du salarié], [adresse]
Lettre recommandée avec accusé de réception n° [numéro] ou remise en main propre contre décharge
[Lieu], le [date]
Objet : mise en demeure de justifier votre absence et de reprendre votre poste
Madame, Monsieur,
Vous ne vous êtes pas présenté(e) à votre poste depuis le [date du premier jour d’absence], sans nous informer ni nous transmettre de justificatif.
Nous vous mettons en demeure de justifier votre absence et de reprendre votre poste au plus tard le [date, au moins 15 jours calendaires après la présentation de cette lettre].
Si vous ne reprenez pas votre poste et ne justifiez pas votre absence par un motif légitime dans ce délai, vous serez présumé(e) avoir démissionné à cette date, en application des articles L1237-1-1 et R1237-13 du Code du travail.
[Nom et fonction du signataire], [signature]
Les erreurs fréquentes
- Un délai trop court, par exemple 8 jours, ou un délai sans date précise.
- Une lettre simple, un e-mail ou un SMS au lieu d’un recommandé ou d’une remise contre décharge.
- Oublier d’annoncer les conséquences : la lettre doit dire que le salarié sera présumé démissionnaire.
- Appliquer la procédure à un CDD ou pendant la période d’essai.
- Ignorer la réponse du salarié : un arrêt de travail ou un autre motif légitime bloque la présomption.
- Continuer à verser le salaire pendant l’absence injustifiée, puis devoir le récupérer.
Si le salarié revient ou justifie seulement une partie de son absence, notre guide sur l’absence injustifiée explique la retenue sur salaire et les sanctions possibles.
Avec purpay
Une fois la rupture actée, vous l’indiquez à purpay par WhatsApp ou par e-mail. purpay prépare le dernier bulletin, le solde de tout compte, le certificat de travail et le signalement de fin de contrat en DSN, qui produit l’attestation France Travail. Vous validez avant tout envoi.
Sources officielles
- Service-public : Abandon de poste du salarié
- Code du travail, article L1237-1-1 (présomption de démission)
- Code du travail, article R1237-13 (mise en demeure et délai de 15 jours)
- Code du travail numérique : modèle de mise en demeure pour abandon de poste
- Code du travail numérique : que se passe-t-il en cas d'abandon de poste ? (infographie)
- Code du travail, article L1332-2 (procédure disciplinaire)
Ce guide est une information générale, à jour à la date indiquée. Il ne remplace pas un conseil adapté à votre situation : vérifiez votre convention collective et les textes officiels.